La population de Montréal en 1741 – ville et faubourgs Un recensement reconstitué1
À la suite du colloque sur le 50e anniversaire de la fondation du Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal, tenu à l’Université de Montréal les 13 et 14 mai 2017, nous avons proposé aux responsables du PRDH de relever les renseignements contenus dans l’ouvrage « Un recensement inédit de Montréal en 1741 » publié par Édouard-Zotique Massicotte dans les Mémoires de la Société Royale du Canada en 19212, afin d’éventuellement intégrer ces renseignements à la base de données du Registre de la population du Québec ancien.
Le recensement de 1741, est un document manuscrit, conservé autrefois aux Archives nationales du Québec à Montréal, dont le véritable titre est Recensement fait en cette ville par la Compagnie des Indes pour les indiennes et autres effets prohibés pour être marqué en vertu de l’ordonnance des messieurs le Gouverneur et Intendant3. Il revêt une certaine importance pour identifier la population de Montréal un siècle après la fondation de Ville-Marie. C’est pourquoi plusieurs auteurs ont déjà analysé les données du recensement de 1741 dont l’historienne Louise Dechêne4. Dans un tableau concernant l’estimation de la population de Montréal et croissance comparée, l’auteure indiquait qu’en 1741 la ville de Montréal comptait 387 maisons et 70 dans les faubourgs pour un total de 591 ménages pour une population de 3 575 habitants comprenant les communautés religieuses mais excluant les militaires en fonction dont le nombre était d’environ 250 en 1740.
À partir du texte de Massicotte, nous avons fait une lecture attentive des informations contenues dans les pages 9 à 60 du recensement de 1741. Pour chaque renseignement mentionné, nous avons essayé d’établir les noms et prénoms précis des individus qu’ils soient propriétaires ou occupants des 506 habitations répartis dans 467 maisons.
Pour les fins de notre recherche, nous avons largement utilisé les informations nominatives du Dictionnaire généalogique des familles du Québec des origines à 1730 de René Jetté, de la base de données notariales Parchemin5, de l’Aveu et dénombrement de l’île de Montréal en 17316, du Terrier de Montréal7, de la base de données Pistard8et de la base de données Adhémar9 du Centre canadien d’architecture.
À partir des informations recueillies dans le recensement de 1741 et des sources complémentaires citées ci-haut, nous pouvons maintenant établir avec une plus grande précision :
Les noms des propriétaires des maisons de Montréal qui ne les occupaient pas ;
Les noms des occupants-locataires des maisons de Montréal, de leur conjoint et des autres personnes occupants le logement s’il y a lieu.
À titre d’exemple, voici les informations que nous avons compilées pour la maison no 5 située sur la rue Notre-Dame à Montréal à partir du recensement de 174110.
4- MAISON DE LAFRICAIN, [Jacques Tribot dit L’Africain, prop.], occupé par le sieur Vidène.
Tribot dit Jousselot et dit L’Africain, Jacques, est né le 22 décembre 1698 à Saint-Gaudent (Vienne), fils de Philippe et de Marye Bailly. Il est arrivé au Canada avant 1730 probablement comme soldat dans les troupes de la Marine. Maçon, il a épousé, à Montréal le 18 novembre 1732, Marie-Louise Blanchon dit Larose née à Québec en 1680, puis en secondes noces, à Montréal le 8 février 1751, Marie-Louise Gagné née à La Prairie en 1716. Il est décédé à Montréal le 12 septembre 1790. (PRDH 146036 et 82091)
Terrier de Montréal (210A) : 22 pieds sur le niveau de rue notre dame sur toute la profondeur, acquis de Jarry en … . par Jacques jouslan dit laffriquain. (GRM 20351)
Villedonné, de, Pierre-Étienne, est né le 24 juillet 1716 à Québec (Canada), fils de Louis-Étienne et de Marie-Françoise Roussel. Officier dans les troupes de la Marine, il avait épousé, à Montréal le 2 mai 1741, Marie-Marguerite Damours de Louvières née à Sainte-Foy en 1710 et décédée en France après 1760. Passé en France en 1758, il est décédé à Orléans (Loiret) après 1779. (PRDH 108489 et 108490) (DGFQ, p. 1128)
En plus des informations nominatives concernant chaque propriétaire ou occupant proposé dans le cadre de notre recherche, nous avons tenté d’établir la population de Montréal à partir des données du recensement de 1741 et des informations complémentaires provenant des sources documentaires citées précédemment. À ces données nominatives, nous avons ajouté les enfants de moins de 15 ans qui étaient successibles d’habiter avec leurs parents en 1741 en utilisant les données du PRDH sur la recomposition des familles. De plus, nous avons recherché le nombre de religieux et de religieuses faisant partie des communautés présentes à Montréal au début des années 1740.
Notre projet de recherche s’étalera au cours des années 2017 et 2018 et les résultats sociodémographiques seront connus à l’automne 2018. Nous pourrons ainsi établir avec plus de précision la population de la ville de Montréal en 1741, rue par rue et quartier par quartier. Nous pourrons également connaître les noms des propriétaires et les noms des locataires, leur sexe, leur statut civil, leur origine géographique, l’âge moyen de ceux-ci, leur occupation et le nombre d’enfants par ménage en 1741.
Une analyse partielle des données du recensement permet d’établir des résultats préliminaires pour les habitants de la rue Notre-Dame à Montréal en juillet 1741. Dans celle-ci, les 33 propriétaires, non-occupants leur propriété, n’ont pas été tenu en compte dans le tableau ci-dessous puisqu’ils ne les habitaient pas en 1741.
Le tableau 1 indique que dans les 95 habitations recensées sur la rue Notre-Dame, nous avons identifié 175 individus adultes. En ajoutant les enfants susceptibles de résider avec leurs parents, on peut estimer à 316 le nombre d’habitants de la rue Notre-Dame excluant les religieux et religieuses. L’analyse des données permet aussi de constater que pour les 95 habitations de la rue Notre-Dame, 65 % sont propriétaires de leur maison tandis que 35 % en sont locataires.
Dans l’étude définitive qui sera publiée en 2018, d’autres informations concerneront le pays d’origine des Montréalais, l’âge moyen de ceux-ci, et leur métier ou profession.
Nous souhaitons que les renseignements établis dans cette recherche puissent servir à une meilleure connaissance des habitants de la ville de Montréal, un siècle après sa fondation.
Marcel Fournier, AIG Historien et généalogiste – 11 juillet 20
1Cette recherche ne comprend pas les habitants des autres paroisses de l’île de Montréal.
3Le document d’origine qui était aux Archives nationales du Québec à Montréal en 1971 a disparu des collections de BAnQ Vieux-Montréal.
4DECHÊNE, Louise, « La Croissance de Montréal au XVIIIe siècle » dans Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 27, no 2, septembre 1973, p. 163-179
5Base de données notariales Parchemin, Société de recherche historique Archiv-Histo, Montréal, 2017.
6ROY, Antoine, L’île de Montréal en 1731. Aveu et dénombrement des Messieurs de Saint-Sulpice, seigneurs de Montréal, Québec, Archives de la province de Québec, 1943, 176 p.
9Bases de données du Groupe de recherche sur Montréal (GRM). Propriété, bâti et population à Montréal, 1642-1805. http://www.remparts.info/adhemar_php/
10Pour chaque maison identifiée, les numéros de références cités entre parenthèse sont ceux du PRDH, de la page du Dictionnaire généalogique des familles du Québec (DGFQ), du numéro de l’ancien terrier de Montréal (TM) et de celui du Groupe de recherche sur l’histoire de Montréal (GRM).
Les premières familles anglos-canadiennes issues des mariages mixtes au Québec 1760-1780
Présentation
Ce projet consiste à réaliser une importante recherche sur les mariages mixtes inter-ethniques et inter-religieux célébrés au Québec entre les années 1760 et 1780. Ce sujet n’a pas fait l’objet de beaucoup de recherches à ce jour, à part les études d’Édouard-Zotique Massicotte (BRH, 1915), Marcel Trudel (RHAF, 1953) et Karine Pépin (Mémoire soutenu à l’Université de Sherbrooke, 2016). Cette recherche sera axée sur les mariages interethniques et interreligieux des migrants anglophones arrivés et mariés au Canada après la Conquête de 1760.
Le contexte historique
Cette recherche couvre les premières années du Régime anglais, qui s’étend de 1760 à 1780. Celui-ci précède l’établissement au Canada de milliers de soldats des troupes allemandes et britanniques qui viennent combattre les Américains lors de la guerre d’Indépendance. En examinant uniquement les vingt premières années du Régime anglais, on écarte d’emblée les unions mixtes entre les enfants des premiers pionniers anglophones et ceux des germanophones avec des Canadiens ou des Canadiennes qui se sont considérablement accrues après 1780.
Les corpus
Les informations nominatives seront tirées de la base de données personnelle de Marcel Fournier qui comprend plus de 14 500 pionniers et pionnières établis au Québec entre 1617 et 1825. Pour cette étude, une extraction a été faite des mariages mixtes de 329 individus soit 318 hommes et seulement 11 femmes. Entre 1760 et 1780, les prêtres catholiques ont célébré 106 mariages mixtes entre individus anglophones et des Canadiens et Canadiennes, tandis que les pasteurs protestants ont célébré 223 mariages entre des hommes originaires des pays anglophones et des Canadiennes. En plus de la base de données, de nombreuses sources complémentaires dont le livre Les Européens au Canada des origines à 1765 (Hors France)1 , seront consultées par les auteurs pour la rédaction de la partie historique et de la partie biographique.
La publication
La recherche entreprise en janvier 2019 sera complétée au printemps 2021 pour la partie biographique et la réalisation des données statistiques. Il y aura deux éditions du livre, une version papier et une version numérique, qui sera diffusées par la Société de recherche Archiv-Histo de Montréal des le mois de juin 2021.
Marcel Fournier, AIG Directeur du projet mai 2021
La période 1760-1780
La guerre de Sept Ans a amené sur les rives du fleuve Saint-Laurent en 1759 et 1760 des milliers de soldats britanniques pour combattre les troupes françaises en Amérique. Ces militaires sont d’origine diverse car on y retrouve des Anglais, des Écossais, des Irlandais, des natifs de la Nouvelle-Angleterre, des Européens alliés aux Britanniques et quelques-uns des îles anglo-normandes. En septembre 1760, au lendemain de la capitulation de la Nouvelle-France, un régime militaire est instauré en attendant la fin des négociations entre Britanniques et Français sur l’avenir du Canada. En raison de cette situation conjoncturelle, plusieurs soldats britanniques séjournent ou s’établissent dans la colonie pour assurer le maintien de la paix.
Dès octobre 1760, les premiers civils britanniques arrivent au Canada pour administrer le pays et faire du commerce. Parmi ceux-ci, on retrouve un bon nombre d’individus en provenance des colonies de la Nouvelle-Angleterre qui voient en la Conquête de grandes opportunités dans le négoce qui dorénavant se fera avec les colonies américaines et la Grande-Bretagne. Entre 1760 et 1763, les Anglais qui s’établissent au pays le font par bail de location puisqu’aucune acquisition de propriété ne peut être envisagée avant que le sort de la Nouvelle-France ne soit réglé2. À compter de 1763, plusieurs officiers d’origine britannique acquièrent des habitations et des seigneuries délaissées par les Français tandis que d’autres s’en font concéder par le gouverneur James Murray.
À Montréal, en 1760, le pasteur John Ogilvie devient le premier ministre de l’Église d’Angleterre à œuvrer au Québec. Comme il n’existait pas d’église anglicane à Montréal, Ogilvie célébrait les offices dans la chapelle de l’Hôtel-Dieu. Il a officié à plusieurs mariages entre 1760 et 1766 dont ceux des frères Samuel et Francis McKay, deux officiers de l’armée britannique qui épousèrent des Canadiennes. À Québec, entre 1760 et 1768, c’est le pasteur John Brooke qui célébrait les offices religieux dans la chapelle des Récollets dont quelques mariages mixtes au grand dam de l’Église catholique qui s’insurgeait contre ces unions. Entre 1760 et 1766, on rapporte 116 mariages mixtes dont 57 mariages célébrés par des aumôniers militaires qui accompagnaient les troupes anglaises et qui ne sont pas inscrit dans les registres de l’état civil protestants.
Pour la période subséquente, soit celle de 1766 à 1780, les registres protestants de Montréal (1766), Québec (1768), Trois-Rivières (1768) et Sorel (1775) contiennent les enregistrements de mariages de 157 protestants anglophones dont quelques mariages célébrés par des aumôniers militaires. Les mariages mixtes, dénoncés tant par l’Église catholique que par l’Église protestante, sont tout de même contractés devant des prêtres catholiques et des pasteurs protestants. Entre les années 1760 et 1780, 329 unions avec des Canadiens mais surtout avec des Canadiennes ont été enregistrées dont 223 devant un pasteur protestant et 106 devant un prêtre catholique.
Le tableau ci-dessus comptabilise 329 mariages. Les mariages entre catholiques et anglophones concernent surtout des Écossais et des Irlandais qui épousent des Canadiennes dans une proportion de 75 %.
Quant aux données provisoires concernant les origines des 329 migrants ayant contracté des mariages mixtes au Québec entre 1760 et 1780, ils proviennent des contrées suivantes : Angleterre : 38, Écosse : 67, Irlande, 48, Pays-de-Galles : 2, États-Unis : 13, îles britanniques : 140 et autres pays alliés aux britannique : 21.
1. Abbott, Edward, est né vers 1740 en Angleterre. Il arrive à Détroit en Amérique vers 1762 comme lieutenant du Royal Artilleries dans les troupes britanniques. Vers 1765, il épouse à Détroit ou à Montréal devant un aumônier militaire anglican, Angélique Trottier dit Desrivières, née à Montréal en 1731, fille de Julien et de Louise-Catherine Rimbault. Le 9 novembre 1766, leur fils Édouard-Thomas est baptisé à l’église Notre-Dame-de-Montréal. Abbott décède avant 1767 puisque sa femme épouse en secondes noces Thomas Donohue (voir ce nom) à Montréal le 2 juin 1767. Famille établie à Montréal, un fils né en 1766 et baptisé dans la religion catholique.
4. Ashby, William, est né le 29 novembre 1728 à Markill, près de Hull, dans le Yorkshire en Angleterre, fils de Robert et de Christiana Bell. Il arrive en Amérique en 1756 comme sergent dans le 27e régiment des troupes britanniques. En poste à Montréal de 1759 à 1761, à la Barbade en 1761 et à New York en 1763, il est de retour à Montréal en 1765. Il épouse, à Montréal, vers 1765, devant un aumônier militaire anglican, Marie-Ursule Berthiaume, née en 1745 à Montréal, fille de Jean-Baptiste Berthiaume et de Marie-Josèphe Lacasse. Ashby est présent à Montréal en mai 1766 lors d’une cession de droits par Pierre Berthiaume (ct Simonnet 21-05-1766). L’année suivante, le couple est à Chambly où Ashby est marchand et vendeur de boissons alcooliques. Son épouse décède à Chambly le 26 mars 1785. Ashby décède à Chambly en 1808, son inhumation n’a pas été trouvée. Famille établie à Chambly, dix enfants nés entre 1766 et 1784 baptisés dans la religion catholique.
9. Blackburn, Hugh (Augustin), est né le 21 mars 1746 à Tranent, East Lothian en Écosse, fils de Francis et d’Ann Ridell. Il arrive au Canada en 1759 comme soldat du 78e régiment Highlander dans les troupes britanniques. Il participe à la bataille des plaines d’Abraham en septembre 1759. Dès la Conquête, il est démobilisé et reprend son métier de menuisier. Il s’établit à la Malbaie où il œuvre pour John Nairmes, seigneur de Murray Bay. Blackburn se convertit au catholicisme puis, sous le prénom d’Augustin, épouse à Tadoussac vers 1776, Geneviève Gagnon, née vers 1747, fille de Jean Gagnon et d’une amérindienne Marie Cécile Korate-Pelletier. Cinq fils prendront des épouses et perpétueront le nom des Blackburn dans la région. Hugh Blackburn, qualifié de meunier, mais aussi trafiquant de fourrures, décède à La Malbaie le 11 janvier 1833 à l’âge de 87 ans. Sa femme Geneviève Gagnon décède à La Malbaie le 29 août 1835. Famille établie à La Malbaie, douze enfants nés entre 1782 et 1798 baptisés dans la religion catholique.
14. Bondfield, Acklam Rickaby, est né vers 1742 à Kingston Upon Hull, dans le Yorkshire en Angleterre, fils de John Taylor Bondfield et d’Anna Mary Hurst, mariés le 17 mars 1735 à Hornsea, Elloughton With Brough, dans le Yorkshire. Il arrive au Canada en 1761 avec ses parents et sa sœur Anna Maria. Marchand comme son père, il épouse à Québec, en mai 1762, devant un aumônier militaire anglican, Madeleine-Françoise Martel de Brouage, née à Québec en 1761, fille de François Martel de Brouage, capitaine dans les troupes de la Marine, et de Madeleine-Louise Moriauchau d’Esgly. Leur contrat de mariage est rédigé le 4 mai 1762 par le notaire Jean-Claude Panet. En 1766, Bondfield réside à Sillery. En 1775, il habite dans une maison de la rue Notre-Dame dans la basse ville de Québec. En 1776, partisan de l’Indépendance américaine, il quitte le Canada pour Philadelphie en Pennsylvanie où il décède le 25 avril 1777. Madeleine-Françoise Martel de Brouage décède à Québec le 24 septembre 1795 et est inhumée au cimetière catholique de Québec. Famille établie à Sainte-Foy, huit enfants nés entre 1764 et 1776 dont six baptisés dans la religion protestante et un dans la religion catholique.
25. Campbell, John, est né vers 1731 à Clachan of Glendaruel dans l’Argyllshire en Écosse. Officier dans les troupes britanniques, il participe à la guerre de Sept Ans en Amérique entre 1756 et 1760. Il est à Québec comme major du 78e régiment lorsqu’il remet une somme d’argent à Catherine Voyer en 1762 (ct Panet, 23-09-1762). Après un séjour à Cuba, il est de retour à Trois-Rivières comme officier dans le 27e régiment d’infanterie. Il épouse à Montréal, en 1763, devant un aumônier militaire anglican, Marie-Anne La Corne de Saint-Luc, née en 1744 à Montréal, fille de Luc La Corne de Saint-Luc, officier dans les troupes de la Marine, et de Marie-Anne Hervieux. Il est présent au baptême de sa fille Mary Ann à Montréal le 22 février 1764 et le 22 septembre 1765 lors de l’inhumation de sa fille Mary Ann. Agent des Affaires indiennes, Campbell décède à Montréal le 23 juin 1795 et est inhumé au cimetière protestant de la ville. Une notice nécrologique à son sujet est publiée dans la Gazette de Québec le 2 juillet 1795. Sa femme décède à Montréal le 8 mars 1813. Famille établie à Montréal, deux enfants nés entre 1764 et 1766 baptisés dans la religion protestante.
63. Flanagan, Michael (Michel), est né vers 1749 à Castleyons dans le comté de Cork en Irlande, fils de James, marchand, et de de Johanne Cotre décédée à Québec le 14 mars 1768. Il arrive au Canada en 1761 (ct Panet, 01-06-1763) avec ses parents et son frère Jean, né en Irlande en 1745 et décédé à Québec en août 1769 dans la maison de ses parents sur la rue Sault-au-Matelot dans la basse ville. Au décès de son père en mars 1769, Michel le remplace comme marchand. En 1773, il réside dans une maison de la rue Saint-Louis dans la haute ville de Québec. Michel Flanagan épouse, à l’église Notre-Dame de Québec le 17 mai 1774, Louise-Élisabeth Dumont née à Québec en 1751, fille de Jean-Baptiste et de Marie-Josèphe de Villedonné. Leur contrat de mariage est rédigé par le notaire Panet le 16 mai 1774. En 1780, il réside dans une maison de la rue de la Fabrique dans la haute ville de Québec. Michel Flanagan décède à Québec en 1781 car l’inventaire des biens de la communauté est dressé par le notaire Panet le 3 septembre 1781. Sa femme épouse en secondes noces Louis Turgeon le 8 février 1787. Elle décède à Québec le 8 janvier 1828. Famille établie à Québec, deux enfants nés en 1775 et 1777 et baptisés dans la religion catholique.
68. Forbes, Luc, est né vers 1738 à Desertmartin dans le comté de Derry en Irlande-du-Nord, fils de Robert et de Margareth Fontaine. Il arrive au Canada vers 1763 comme migrant puis on le retrouve à Saint-Joseph-de-Beauce en 1764. Il épouse, le 4 juin 1764 à Saint-Joseph-de-Beauce, Marie-Louise-Sophie Vachon dit Pomerleau née en 1743 à Beauport, fille de Noël et de Jeanne-Anne Bélanger. En 1769, il acquiert une terre à Saint-Joseph-de-la-Nouvelle-Beauce du seigneur Louis Fleury (ct Chevalier, 28-01-1769). À la suite du décès de son épouse le 31 mars 1773, il épouse en secondes noces, le 11 août 1773 à Sainte-Marie-de-Beauce, Marie-Anne Gosselin, née en 1749 à Montmagny fille de Jean-Baptiste et de Marie-Anne Gaboury. Forbes et son épouse décèdent entre 1782 et 1785, leurs inhumations n’ont pas été trouvées. Famille établie à Saint-Joseph-de-Beauce, quatre enfants nés de son premier mariage entre 1664 et 1669 et sept nés de son second mariage entre 1774 et 1782 baptisés dans la religion catholique.
77. Fraser, John (Jean), est né vers 1728 à Bulliskine en Écosse fils de John et d’Ann McDonald. Il arrive au Canada avant 1775 probablement comme soldat dans les troupes britanniques lors de la guerre d’Indépendance américaine. Il épouse, le 22 mai 1775 à Sainte-Anne-de-la-Pérade, Marguerite Vallée née en 1755 à Sainte-Anne-de-la-Pérade fille de Jacques et de Marguerite Tessier. Le notaire Charles Levrard a rédigé leur contrat de mariage le 20 mai 1775. Fraser, agriculteur, décède à Sainte-Anne-de-la-Pérade le 13 décembre 1806. Sa femme épouse en secondes noces Augustin Brisson en 1808. Elle décède à Saint-Pierre-les-Becquet le 18 avril 1833. Famille établie à Sainte-Anne-de-la-Pérade, dix enfants nés entre 1776 et 1798 baptisés dans la religion catholique.
Marcel Fournier Mai 2021
1 Fournier, Marcel, Les Européens au Canada des origines à 1765 (Hors France), Montréal, Éditions du Fleuve, 1989, 352 pages.
2Parchemin, base de données notariales du Québec sous la direction de Normand Robert et Hélène Lafortune. Entre le 19 octobre 1760 et le 10 février 1763, les actes notariés contractés par des Anglais concernent uniquement des locations de maisons. Ce n’est qu’à partir de 1763 que l’on trouve des ventes de propriétés dont plusieurs seigneuries appartenant à des Français et à des Canadiens.
Samuel de Champlain de Brouage ou de La Rochelle ? – Les deux !
La découverte par le généalogiste français Jean-Marie Germe de l’acte de baptême de Samuel de Champlain datée du 13 août 1574 dans le registre pastoral du temple Saint-Yon de La Rochelle constitue une donnée inédite pour l’histoire de la ville de Québec et de la Nouvelle-France. Bien que le nom du père de Samuel soit Chapeleau au lieu de Champlain dans l’acte, il s’agit selon moi d’une variante orthographique courante dans les actes anciens. Grâce à cette trouvaille, on peut maintenant écrire que Champlain avait 34 ans lorsqu’il fonde la ville de Québec en 1608, 36 ans lorsqu’il épouse Hélène Boulé à Paris en 1610 et 61 ans à sa mort à Québec en décembre 1635.
Le fait que Champlain soit de confession protestante ne surprend pas. Son prénom d’inspiration biblique, fréquent chez les protestants, et la période de sa naissance dans les provinces d’Aunis et de Saintonge, fiefs du protestantisme dans l’ouest de la France, confirment ses origines religieuses bien que par la suite, il fut un fervent catholique. Quant au lieu de la naissance de Champlain, on ne peut affirmer qu’il soit né à La Rochelle. Selon moi, le fondateur de Québec est né à Brouage et baptisé à La Rochelle. Voici les arguments qui tendent à justifier cette opinion :
Champlain est dit de Brouage dans ses écrits de 1632 (Œuvres de Champlain).
Dans le testament de son oncle Guillaume Allène rédigé à Cadix en Espagne en 1601, Allène dit de Champlain « J’ai beaucoup d’affection pour Samuel de Champlain ici présent, Français natif de Brouage dans la province de Saintonge ». Allène, un contemporain et oncle de Champlain, le fait naître à Brouage.
Dans un acte de vente du navire La Jeanne (ct Me Vilain à Brouage du 23-12-1573), Antoine Chappelain pilote de navires, père de Samuel Champlain, possédait une propriété à Brouage, propriété que Samuel de Champlain a vendue en 1630 (contrat Gouyn, 27-09-1630).
Il est donc possible et même probable que Samuel de Champlain soit né à Brouage à l’été 1574 et qu’il ait été baptisé à La Rochelle le 13 août 1574 d’autant plus que chez les protestants il peut s’écouler de quelques jours à quelques semaines entre la naissance d’un enfant et son baptême. Comme Brouage se trouve à 55 km de La Rochelle, que les parents de Samuel de Champlain possédaient aussi une propriété à La Rochelle, il est donc normal que Samuel de Champlain ait été baptisé à La Rochelle puisqu’il n’existait pas de temple protestant à Brouage, le temple le plus près étant celui de Marennes.
Il ne sera donc pas nécessaire, pour le moment du moins, de corriger les informations inscrites sur les monuments et les plaques commémoratives qui rendent hommage au père de la Nouvelle-France.
Entre 1608 et 1815, environ 40 000 militaires originaires de divers pays européens ont participé aux conflits sur le territoire canadien. Parmi eux, quelque 5 350 soldats se sont mariés et établis au Canada, contribuant ainsi de manière significative au peuplement du pays.
Le Régime français (1608-1760)
Sous le Régime français, on estime à près de 18 000 le nombre de militaires ayant séjourné au Canada. De ce nombre, 3 781 se sont établis par mariage, représentant près de 48 % de l’immigration masculine de l’époque. Plusieurs groupes militaires distincts ont marqué cette période :
Les troupes de Terre ou soldats de Montcalm (1755-1760) étaient composées de plusieurs régiments français envoyés pendant la guerre de Sept Ans. Sur environ 2 500 officiers et soldats, 684 se sont mariés dans la vallée laurentienne après avoir décidé de s’établir au Canada malgré la Conquête.
Les premières garnisons (1608-1700) constituaient les troupes chargées de défendre les principales villes de la colonie. Environ 300 soldats sont identifiés dans ce groupe, dont 89 se sont établis par mariage au Canada.
Le régiment de Carignan-Salières (1665-1668) est le seul régiment complet envoyé en Nouvelle-France, fort d’environ 1 140 officiers et soldats. Après avoir combattu les Iroquois et signé des traités de paix en 1667, quelque 403 hommes choisirent de rester au pays, dont 289 identifiés comme s’étant mariés, parmi lesquels 166 épousèrent une Fille du roi.
Les régiments de Tracy (1665-1668) accompagnaient le régiment de Carignan-Salières et ont également contribué au peuplement de la colonie.
Les compagnies franches de la Marine (1683-1759) constituaient la force militaire permanente de la Nouvelle-France, organisées en compagnies d’une cinquantaine d’hommes. On estime à 8 500 le nombre de militaires ayant servi sous cette bannière, dont environ 2 612 se sont mariés au Canada.
Le régiment suisse de Karrer (1747-1749) a contribué modestement à la défense de la colonie, notamment à Louisbourg, avec quelques dizaines de soldats établis au pays.
Le Régime britannique (1760-1815)
Après la Conquête de 1760 et la signature du traité de Paris en 1763, l’immigration militaire change de nature, comprenant principalement des Anglo-Américains, des Allemands et des Suisses. Au total, environ 22 000 militaires ont combattu en Amérique du Nord durant cette période, dont 1 575 se sont établis par mariage au Canada.
Les troupes britanniques (1758-1763) arrivent dans la vallée laurentienne après la prise de Louisbourg. Sur 8 500 hommes, 546 se sont mariés au Canada, dont 176 ont épousé des Canadiennes. On note parmi eux une forte représentation de soldats d’origine écossaise.
Les mercenaires allemands (1776-1783), engagés lors de la guerre d’Indépendance américaine, représentaient environ 10 000 hommes stationnés au Canada. Au terme des hostilités, 697 d’entre eux épousèrent des Canadiennes et s’établirent au pays.
Les soldats français des armées de La Fayette et Rochambeau (1777-1783) étaient une cinquantaine à passer au Canada, dont 38 se sont mariés, principalement dans la province de Québec.
Les régiments suisses de Meuron et de Watteville (1812-1815) furent engagés lors de la guerre anglo-américaine de 1812-1813. Sur un total de 2 600 hommes, environ 500 soldats licenciés demeurèrent au pays au terme du conflit, dont 294 épousèrent des Canadiennes.
Conclusion
L’apport militaire au peuplement du Canada est considérable tant sous le Régime français que sous le Régime britannique. Ces hommes, venus de France, d’Angleterre, d’Allemagne, de Suisse et d’autres pays européens, ont non seulement défendu le territoire, mais ont aussi contribué à façonner la démographie et la diversité culturelle du Québec et du Canada d’aujourd’hui.
Pour déterminer le lieu d’origine d’un pionnier ou d’une pionnière en France, plusieurs indications peuvent être utiles concernant la géographie de la France sous l’Ancien Régime. Comme les recherches s’effectuent principalement dans les archives départementales, il n’est pas toujours facile de situer les anciennes régions, les régions actuelles et les départements français dans les anciennes provinces de France. Les tableaux suivants faciliteront le repérage des anciennes provinces françaises concernant 9 346 pionniers et pionnières établis par mariage en Nouvelle-France entre 1617 et 1759.
Le nombre de pionnières et pionniers pour chaque entité géographique a été compilé à partir des données de 2026 tirées de ma base de données des pionnières et pionniers 1617-1825.
Carte des nouvelles régions de France en 2016 (Source : Géo Confluences)
Seules les régions de l’Île-de-France, des Pays de la Loire et de Provence-Alpes-Côte d’Azur n’ont pas fait l’objet de modifications territoriales entre 1960 et 2016. Les autres territoires sont le résultat de fusions entre les anciennes régions de France.