Les soldats des troupes de la Marine et les marins de la Marine française

…pendant la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France 1755-1760

Après avoir réalisé une base de données sur les soldats des troupes de Terre en Nouvelle-France entre 1755 et 1760 (Le Projet Montcam), j’ai complété un nouvelle base de données concernant les soldats des troupes de la Marine et les soldats de Marine qui ont participé à la guerre de Sept Ans dans la vallée laurentienne. La base de données comprend les noms de quelques 2 150 officiers et soldats avec les indications de leur origine familiale, compagnie ou navire, hospitalisation, établissement au pays, etc.

Seuls les soldats et marins présents au Canada entre 1755 et 1760 et identifiés dans les registres paroissiaux (PRDH) de la Nouvelle-France, les actes notariés (Parchemin), les hospitalisations (RMHDQ) et les Témoignages de liberté au mariage (TLM) sont inclus dans ce répertoire. Des informations complémentaires sont tirées du Fichier Origine et de la base de données des soldats des troupes de la Marine réalisée par M. Rénald Lessard.

Les résultats des recherches sont diffusés sur le site Internet de la CCBN : http://www.ccbn-nbc.gc.ca/fr/histoire-patrimoine/batailles-1759-1760/soldats/

Vous pouvez aussi consulter la base de données de M. Lessard actuellement disponible sur le site de la Société de généalogie de Québec.http://sgq.qc.ca/bases/marine.php

Les origines familiales d’Étienne Brûlé, interprète et explorateur de la Nouvelle-France

Les origines familiales d’Étienne Brûlé, interprète et explorateur de la Nouvelle-France

Étienne Brûlé arrive en Nouvelle-France avec Samuel de Champlain en juillet 1608. En 1610, il demande la permission d’aller habiter le pays des Hurons. Brûlé passera huit ans chez les Amérindiens pour apprendre les langues et vivre selon leurs mœurs. De retour à Québec en 1618, il est accueilli par Champlain qui est heureux de compter un « truchement » pour la nouvelle colonie. Étienne Brûlé est de retour au pays des Hurons la même année durant laquelle il explore plusieurs territoires dont la baie Georgienne, les lacs Supérieur et Érié tout en faisant le commerce des fourrures pour les Français. En 1629, Étienne Brûlé passe au service des frère Kirke qui ont chassé les Français et qui gouvernent Québec jusqu’en 1632. Au cours de ces années où les Anglais administrent la colonie, Brûlé préfère retourner dans les pays d’en Haut où il est assassiné par les Hurons en 1633.

Étienne Brûlé n’est pas mentionné dans les archives civiles de la Nouvelle-France entre 1608 et 1633. La plupart des informations le concernant proviennent des écrits de Champlain et des jésuites. D’origine française, il serait né vers 1592 à Champigny-sur-Marne, près de Paris. En 2010, des recherches ont été entreprises en France dans le cadre du Fichier Origine afin de découvrir les origines familiales d’Étienne Brûlé. Les résultats préliminaires des recherches permettent d’en connaître davantage sur un personnage qui a marqué l’histoire de la Nouvelle-France.

Les registres paroissiaux de Champigny-sur-Marne, dans le département du Val-de-Marne, débutent en 1552, mais ils comportent d’importantes lacunes pour la période de 1589 à 1601 et pour quelques mois en 1626 et en 1627. Malgré ces déficiences, plusieurs actes concernant la famille Brûlé ont été retracés dans les archives paroissiales. C’est le cas des parents d’Étienne Brûlé, Spire Brûlé et Marguerite Guérin, qui se sont mariés à l’église Saint-Saturnin le 24 janvier 1574.

Acte de mariage de Spire Brûlé et Marguerite Guérin,
24 janvier 1574, Champigny-sur-Marne (St-Saturnin)

Spire brule fut épouse avec margueritte guerin le XXIIIIme Jour dud moys de janvier aud an.

Source : État civil, Champigny-sur-Marne, baptêmes, mariages, sépultures, 1552-1588, EDEPOT, CHAMPIGNY/1E 1, vue 140.

De cette union, sont nés trois enfants baptisés à Champigny-sur-Marne : Loïc, le 24 octobre 1574 ; Antoinette, le 23 janvier 1577 ; et Roch, le 16 août 1581, marié à Marie Trenet en 1602, décédé à Champigny-sur-Marne le 13 septembre 1652. Le quatrième enfant, Étienne, serait né en 1592.

Étienne Brûlé, engagé de Champlain, puis explorateur et interprète en Nouvelle-France, séjourne en France à deux reprises. Le 18 février 1623, il est parrain d’Étienne Coiffier, fils de Jacques Coiffier et de Suzanne Faudein, à Champigny-sur-Marne puis, avant de repartir pour le Canada, il nomme son frère Roch comme procureur général de ses biens.

Son deuxième séjour en France s’étend de l’automne 1626 au printemps 1628 selon différents actes enregistrés chez les notaires du Châtelet à Paris.

Premier acte de Champigny-sur Marne dans lequel apparaît le nom d’Étienne Brûlé
comme parrain lors du baptême d’Étienne Coiffier le 18 février 1623.

Le Sabmedy dix huitieme Jor de febvrier mil Six cent vingt troys a esté Baptisé Estienne Coeffier fils de Jacques Coeffier et de Susanne fauxdein Son pairin parein qui La nommé est Estienne Brullé assisté de Jehanne Breau.

Source : État civil, Champigny-sur-Marne, baptêmes, mariages, sépultures, 1601-1641, EDEPOT CHAMPIGNY/1E 2, vue 73.

Étienne Brulé était de retour en France le 26 janvier 1627 puisqu’il fut nommé ce jour-là parrain de Marguerite Bruneau à Champigny-sur-Marne. Dans cet acte, il est qualifié de marchand. Le 8 avril 1628, dans un acte passé chez le notaire Guy Remond de Paris, il est fait mention d’un gage fait par André Ferru, marchand pelletier à Paris, à Étienne Brûlé, truchement pour le roi en Nouvelle-France, à la suite d’une livraison de pelleteries d’une valeur de 1600 livres. Une note au bas de l’acte du 8 avril 1628 fait référence à une procuration du 9 avril 1628 passée devant le notaire Jean Chapellain de Paris par Étienne Brûlé à François Macqueron, secrétaire de la chambre du roi, pour représenter ses intérêts en France en remplacement de son frère Roch Brûlé. Il est probablement retourné en Nouvelle-France après ces tractations d’avril 1628.

Le 24 juillet 1635, un accord passé entre Alizon Coiffier, veuve d’Étienne Brulé, et Roch Brûlé, frère d’Étienne, nous apprend qu’Étienne Brûlé était marié. D’autre part, lors de son séjour à Paris, pendant l’hiver 1627-1628, Étienne Brulé avait prêté de l’argent à plusieurs personnes de Champigny-sur-Marne.

Les actes des notaires parisiens font mention d’une information précieuse sur la vie d’Étienne Brûlé. Ils confirment qu’il est marié à Alizon Coiffier et que cette dernière est veuve en 1635. Des recherches dans les registres de Champigny-sur-Marne, dont certaines périodes sont lacunaires, n’ont pas permis de trouver le mariage d’Étienne Brûlé et d’Alizon Coiffier qui dut avoir lieu entre la fin de l’année 1626 et le début de 1628. Par contre, les registres de Champigny-sur-Marne mentionnent à la date du 14 octobre 1587 le baptême d’Alizon Coiffier, fille de Jean Coiffier et d’Alison Godart. Quant à la filiation d’Étienne Brûlé avec ses parents, elle est prouvée par le baptême de son frère Roch Brûlé, ce dernier étant mentionné comme le frère d’Étienne Brûlé dans l’acte notarié du 9 avril 1628 et dans l’accord du 24 juillet 1635.

Grâce à ces récentes découvertes dans les archives françaises, on peut maintenant certifier qu’Étienne Brûlé a été marié en France et qu’il  y a séjourné à deux reprises : en 1622-1623 et entre 1626 et 1628, des informations jusqu’à ce jour inédites dans l’histoire de ce personnage important de l’histoire de la Nouvelle-France.

Il reste toutefois d’autres recherches à entreprendre pour trouver d’autres éléments de la vie du pionnier Étienne Brûlé, tels que son engagement à Dugas de Mons en 1608, la procuration qu’il a faite à son frère Roch en 1623, son contrat de mariage avec Alizon Coiffier entre 1626 et 1628, les titres de propriétés et la vente de ses maisons de Paris et de Champigny, ainsi que l’inventaire après décès fait par sa femme et son remariage possible après 1633. Enfin, comme son frère Roch Brûlé a eu sept enfants avec Marie Trenet entre 1604 et 1617, il serait extraordinaire de trouver une descendance jusqu’à nos jours.

Marcel Fournier, Jean-Paul Macouin et Marie Gagné
Pour le Fichier Origine, Le 11 août 2012

Le 8 septembre 1760… 250 ans plus tard

La capitulation de la Nouvelle-France signée à Montréal met fin à la guerre de Sept Ans en Amérique

250 ans plus tard…

Le 8 septembre 2010 marque le 250e anniversaire de la signature de la capitulation de la Nouvelle-France et la fin de l’empire français en Amérique. Cinq années de guerre ont épuisé les troupes françaises et les chefs militaires se rendent à l’évidence qu’il serait inapproprié de poursuivre les hostilités compte tenu de la supériorité des troupes britanniques et de la volonté de la Grande Bretagne de mettre fin à ce conflit pour chasser définitivement les Français du continent américain.

Une guerre perdue à l’avance

Avec un certain recul de l’histoire, l’on constate que la défaite des troupes françaises en Nouvelle-France ne repose pas uniquement sur les soldats venus combattre les Anglais ni sur les décisions de leurs dirigeants bien que les divergences entre Montcalm et Vaudreuil n’ont certainement pas contribué à créer une synergie à la direction de l’armée française. Il faut voir cette défaite à l’intérieur d’un conflit global entre puissances européennes, où la Nouvelle-France ne constitue qu’un petit champ d’opération. Les grandes batailles comme celles de Louisbourg et de Québec sont des exemples typiques de guerre à l’européenne qui ne convenaient pas toujours en Nouvelle-France. La supériorité militaire britannique est venue à bout des efforts combinés des troupes de Terre, des compagnies franches de la Marine, des alliés amérindiens et des miliciens canadiens. Enfin, en mai 1760, au lendemain de la victoire de Lévis à Sainte-Foy, l’arrivée de renforts en provenance de la Grande-Bretagne a mis fin aux espoirs de reprendre le contrôle de la colonie.

Lors de la guerre de Sept Ans, les armées américano-britanniques, supérieures en nombre – 43 800 militaires contre 26 800 pour les troupes françaises et canadiennes – ont prouvé leur grande adaptabilité au style de combat pratiqué en Amérique du Nord. Elles sont passées d’une stratégie européenne (ordre linéaire, attaque en formation) à une stratégie locale avec l’appui des populations locales et amérindiennes. Quant aux soldats français, ils se sont battus courageusement avec des méthodes pratiquées depuis des décennies par les armées françaises sur les champs de batailles européens. Pour certains, cette expérience a duré cinq ans et pour d’autres 50 jours.

L’effort de la France en Amérique

L’effort de la France pour défendre sa colonie d’Amérique du Nord ne doit pas être minimisé pour autant. À la fin de l’année 1754, 2779 officiers et soldats des troupes de la Marine étaient en poste en Nouvelle-France. Entre 1755 et 1760, la France a envoyé 6990 officiers et soldats des troupes de Terre et 5885 recrues et volontaires venus pour remplacer les blessés et les morts. L’armée française disposait donc d’environ 15 700 militaires si l’on tient compte des soldats en poste à Louisbourg entre 1755 à 1758.

La France, grande puissance militaire, aurait-elle pu envoyer davantage de soldats pour défendre sa colonie d’Amérique sachant qu’elle disposait de 180 000 hommes de troupes en Europe ? Cette question amène des réponses nuancées. L’envoi de soldats en Nouvelle-France nécessitait une logistique considérable puisqu’il fallait transporter les effectifs, le matériel, l’armement, la nourriture sur des navires dont la traversée nécessitait 30 à 40 jours de mer tout en tenant compte de la supériorité de la Royal Navy qui lui permettait de contrôler les mers.

D’autre part, la Nouvelle-France ne possédait pas de baraquements militaires pour loger les soldats. Ceux-ci devaient donc résider chez les habitants une bonne partie de l’année et au cours des longs mois d’hiver. Comme la Nouvelle-France comptait à peine 60 000 habitants à l’époque de la guerre de Sept Ans, loger près de 6000 soldats était déjà un effort considérable demandé aux habitants. Aurait-on pu en loger 5000 ou 6000 de plus sans mettre en péril la survie de la population locale à une période où une famine sévit en Nouvelle-France ? On peut en douter.

Enfin, la milice canadienne, composée de quelque 12 000 hommes, plus ou moins bien armés, on en convient, a-t-elle fourni l’effort nécessaire pour soutenir les troupes régulières lors des batailles contre les Britanniques ? En relisant l’histoire, on a l’impression que la milice canadienne considérait ce conflit comme une guerre franco-britannique bien plus qu’une menace à leur propre survie.

La France n’avait donc pas l’intention de perdre sa colonie d’Amérique lors de la guerre de Sept Ans. C’est davantage lors des négociations menant à la signature du Traité de Paris (1761-1763) que la mère-patrie a renoncé à conserver son empire en Amérique et ses « quelques arpents de neige » pour paraphraser Voltaire.

Le Traité de Paris

De la capitulation signée par Vaudreuil le 8 septembre 1760, à la signature du Traité de Paris, le 10 février 1763, un régime militaire est mis en place par les vainqueurs pour administrer le territoire conquis. Les Britanniques dirigent le pays au cours de 28 mois, période pendant laquelle plus de 4000 Canadiens et Français décident de rentrer en France créant ainsi une saignée importante dans la classe dirigeante du pays.

En Europe, les pourparlers de paix commencés en 1761, prennent deux années à se conclure. En 1763, deux traités mettent fin à la guerre de Sept Ans que plusieurs considèrent comme la première guerre mondiale. Selon le Traité de Paris, signé le 10 février 1763 entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, les Britanniques obtiennent d’énormes gains territoriaux en Europe, en Afrique et en Asie. De leur côté, les Autrichiens et les Prussiens signent le Traité de Hubertusburg le 15 février suivant. Ce traité valide les frontières de 1756 et oblige l’évacuation de la Silésie par l’Autriche.

En Amérique du Nord, le Traité de Paris a des répercussions beaucoup plus importantes. La Grande-Bretagne obtient toute la Nouvelle-France, sauf les îles Saint-Pierre-et-Miquelon, ainsi que tous les territoires à l’est du Mississippi. Pour sa part, la France récupère les îles de la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante et Sainte-Lucie, ainsi que des droits pour sécher le poisson sur les côtes de Terre-Neuve.

L’héritage français de la guerre de Sept Ans

Au terme du conflit anglo-français, 692 officiers et soldats des troupes de la Marine, 1683 officiers et soldats des troupes de Terre et 507 civils se voient obliger de rentrer en France. En octobre 1760, depuis Québec, des navires anglais transportent les vaincus vers le port de La Rochelle où plusieurs soldats sont démobilisés dès leur arrivée.

Bien que 2882 Canadiens et Français soient rapatriés en France, plusieurs décident de demeurer au pays malgré la présence des nouveaux maîtres et le faible espoir que la France retrouve un jour sa colonie d’Amérique. De tous les soldats des troupes françaises qui ont combattu en Amérique lors de la guerre de Sept Ans, 607 soldats des troupes de Terre et 505 soldats des troupes de la Marine ont décidé de prendre épouse pendant le conflit et de demeurer au Canada par la suite. Ces quelque 1100 militaires constituent une présence importante pour l’avenir du pays. Leur établissement dans plusieurs régions du Québec permet un renouvellement des populations. Ironiquement, ce flux migratoire constitue le plus important apport d’immigrants français en Nouvelle-France depuis la décennie 1670 où 400 soldats des régiments de Carignan-Salières et 770 filles du Roi se sont établis au pays à la demande de l’intendant Jean-Talon.

Quelques rappels mémoriels

La guerre de Sept Ans a laissé de nombreuses traces dans le paysage et dans la mémoire des Québécois. Plusieurs familles ont pour ancêtre un soldat des troupes de Montcalm ou de Wolfe. Les Arès, Bricault, Déry, Galaise, Gérin-Lajoie, Rolin, Sansregret et Vadeboncoeur, et les Blackburn, Fraser, Handfield, McKennon, Mackay, Robertson et Ross en sont des exemples connus.

De nombreux monuments en l’honneur des héros de 1759 : ceux de Montcalm et des généraux Wolfe et Montcalm, qui rappellent la bataille de 1759, celui du Parc des Braves rappelle la bataille de Sainte-Foy en 1760. Le parc des plaines d’Abraham, théâtre de la bataille du 13 septembre 1759, et le cimetière de l’Hôpital-Général de Québec constituent des lieux de mémoire importants de la guerre de Sept Ans.

En 1907, lors de la création de nouveaux cantons en Abitibi, le Gouvernement du Québec a voulu honorer le souvenir de la guerre de Sept Ans en attribuant des noms d’officiers et de régiments des troupes de Montcalm à des endroits tels que les villes de Rouyn, La Sarre, Roquemaure, le parc d’Aiguebelle et les cantons de Berry, Béarn ou de Guyenne.

(ce texte a été publié sur Cyberpresse : Il y a 250 ans, la capitulation de la Nouvelle-France)

Enigme autour du mariage de Jean-Baptiste Peuvret et Marie-Catherine Nau

Enigme autour du mariage de Jean-Baptiste Peuvret et Marie-Catherine Nau

Jean-Baptiste Peuvret du Mesnu est un personnage bien connu de l’histoire de la Nouvelle-France. Il arrive au pays le 12 octobre 1651 comme soldat de la garnison avec son frère François, puis devient secrétaire du gouverneur Jean de Lauzon, notaire et greffier de la Sénéchaussée, procureur fiscal de la Compagnie des Indes occidentales, greffier en chef et secrétaire du Conseil Souverain, et seigneur de Gaudarville. Le Dictionnaire biographique du Canada, sous la plume d’André Vachon, lui a consacré un texte dans le premier tome de la série. Dans cet article, il est dit que Jean-Baptiste Peuvret est né à Bellême (France) en 1632 et qu’il est décédé à Québec en 1697. L’auteur indique aussi qu’il est marié avec Marie-Catherine Nau à Québec le 10 juillet 1659. Cependant, l’auteur fait toutefois abstraction de son contrat de mariage passé le 5 juillet 1659 devant le notaire Guillaume Audouart.

L’information concernant l’acte de mariage du 10 juillet 1659 est probablement tirée du Dictionnaire Tanguay. Cette indication est reprise par la plupart des auteurs québécois : Jetté, Langlois, Drouin, Trudel et le PRDH pour n’en citer que quelques-uns. Une telle unanimité ne devait sans doute pas mettre en doute la date du mariage de Jean-Baptiste Peuvret avec Marie-Catherine Nau.

Avec toutes ces affirmations, il était donc facile de repérer l’original de l’acte de mariage dans le registre de la paroisse Notre-Dame de Québec. Mais voilà, l’acte n’existe pas ni dans la collection de la paroisse pas plus que dans celle du greffe. D’où vient donc cette information concernant ce mariage ? Dans un article sur la famille de Lauzon, publié dans les Mémoires de la Société historique de Montréal en 1859, l’auteur Louis-Hippolyte Lafontaine indique qu’il n’a pu trouver l’acte de mariage mais qu’il a une copie authentique de la convention matrimoniale. Un autre auteur, mentionne que l’acte de mariage du couple Peuvret-Nau ne nous est pas parvenu mais, il semble que Cyprien Tanguay ait pu le consulter en vue de la publication de son dictionnaire généalogique en 1871. Dans le DGFQ, (vol. 1, p, 480), Tanguay n’indique pas les noms des parents de l’époux. Tandis que dans le DGFQ, Jetté indique leurs noms : Jacques Peuvret du Mesnu et Marie de Lagarenne.

Puisque l’acte religieux n’existe pas en Nouvelle-France, qu’en est-il du contrat de mariage ? Dans le greffe de Me Guillaume Audouart, on ne trouve pas le contrat de mariage daté du 15 juillet 1659, pas plus que celui du 5 juillet 1659 cité par Jetté et Langlois. Pourtant, Louis Hyppolite Lafontaine écrit en 1859 :

L’acte en fut reçu, le 15 Juillet 1659, c’est-à-dire 2 mois et 10 jours après la mort du premier mari de la dite Catherine Nau, par « Guillaume Audouart, Secrétaire du Conseil établi par le Roi à Québec, Notaire en la Nouvelle-France. » Dans cet acte, les parties sont ainsi décrites: « Jean-Baptiste Peuvret, Sieur de Mesnu, fils de Me Jacques Peuvret, Conseiller du Roy, Lieutenant Criminel en l’élection du Perche, et de Damoiselle Marie de la Garenne, ses père et mère, de la ville de Bellesme, Province du Perche, Diocèse de Seez d’une part, et Damoiselle Marie Catherine Nau, fille de défunt Jacques Nau, Escuyer, Sieur de Fossambault, vivant Conseiller du Roi, et Receveur-Général des Finances en Berry, et de Damoiselle Catherine Granges vivant ses père et mère, veuve en première noce de défunt Messire Louis de Lauzon, Chevallier, Seigneur de la Cityère, d’autre part ».

Dans ce contrat de mariage, Catherine Nau déclare que ses biens consistent « en la somme de trois mille livres tournois d’argent comptant, et en la somme de quatre cents livres de rente viagère à elle due par la succession ou héritiers du dit défunt Sieur de la Citière, et en ce qui lui est advenu et échu par le décès des dits défunts père et mère. » Elle n’émet aucune prétention relativement à la seigneurie de la Citière.

Ce contrat a bel et bien existé puisqu’il est cité dans le procès-verbal de l’inventaire des minutes de Guillaume Audouard qui a été réalisé en 1727 par le sieur de Leigne, lieutenant général civil et criminel de la Prévôté de Québec. Selon Rénald Lessard, il y beaucoup d’actes manquant dans le greffe du notaire Audouard et le répertoire a été fait tardivement, probablement après la disparition de la pièce en question. Fait curieux, dans un acte qu’elle passé le 31 juillet 1659 chez le même notaire, Marie-Catherine Nau se dit veuve et ne fait aucune allusion à son mari.

Dans son Catalogue des immigrants 1632-1662, Marcel Trudel indique que Jean-Baptiste Peuvret est passé en France avec son épouse en 1659 et qu’il est revenu au pays à l’automne 1661. Ces informations sont corroborées par Charles-Vianney Campeau dans son site Internet Navires en Nouvelle-France qui ajoute que le couple Peuvret-Nau est passé en France en 1659 sur le Sacrifice d’Abraham et qu’il est revenu au pays en 1661.

Ces renseignements permettent d’ouvrir de nouvelles pistes de recherches pour localiser la résidence française de Jean-Baptiste Peuvret et de Marie-Catherine Nau.

Dernièrement, Lise Dandonneau, collaboratrice assidue au Fichier Origine, consultait la base de données du Cercle généalogique de l’Orne afin d’ajouter des informations à des pionniers inscrits au Fichier Origine. Elle a alors retracé un mariage daté du 1er février 1660 dans le registre de la paroisse Saint-Sauveur de Bellême. Ce mariage est celui de Jean-Baptiste Peuvret, sieur de Mesnu, et de Marie-Catherine Nau. Cette trouvaille inédite peut probablement intriguer plusieurs chercheurs ! Les Archives de l’Orne nous donnent la preuve de ce mariage dont voici la reproduction.

(Source : http://archives.orne.fr/consultez/consultez2.html, Saint-Sauveur de Bellême,

S 1635-1660, M 1636-28 nov. 1660 3NUMECRP38/EDPT495_471635-1660, vue 150)

Acte de mariage de Jean-Baptiste Peuvret et de Catherine Nau

1er février 1660, Saint-Sauveur de Bellême, Orne (France)

Le premier Jour de febvrier 1660, en Acte de La Sentence de m.e L’official de Sées au Siege de mortagne datée du trente et uniesme et dernier Jour du mois de Janvier de la presente année mil Six cent Soixante, [mots rayés] Et signée Barré, portant q[ue] Jean Baptiste peuvret S.r du mesme Et Damoiselle Marie catherine nau procederont tout de nouveau à leur Mariage Selon les formes requises par les S.ts Conciles, et qu’attendu q[ue] le peuple croit quils Sont maries, ils seront dispenses de la proclamation des trois bans, Jay Soussigné certifier avoir celebrer le [mot rayé] mariage dentre le dit [mot rayé] Jean Baptiste peuvret et la dite Marie catherine dans nostre Eglise en presence du père dudit peuvret, de Jacques Tierry Boulanger, de Broyneau notaire, de zacharie et nicolas les Jostes tous tesmoings de St-Sauveur, le Jour Et an q[ue] dessus

J. Brisard prestre

Paléographie de l’acte par Marie Gagné.

Dans cet acte, apparaît une note importante : « …procéderont tout de nouveau à leur mariage selon les formes requises par les Sts conciles et qu’attendu que le peuple croit qu’ils sont mariés, ils seront dispensées de la proclamation de trois bans »,

Cette mention veut-elle dire qu’ils étaient déjà mariés en Nouvelle-France ou que leur contrat de mariage, qu’ils ont probablement avec eux, indiquait qu’ils avaient l’intention de se marier dans les jours qui ont suivi la signature de leur contrat devant Me Audouart ? Sans l’acte de mariage du 10 juillet 1659 à Québec, on pourrait opter pour la deuxième possibilité.

Le mariage de Jean-Baptiste Peuvret et de Marie-Catherine Nau est aussi décrit dans la banque de données du PRÉFEN, mais à la date du 1er février 1659, une erreur d’interprétation sans doute. Un autre acte, daté du 8 août 1660, inscrit dans le registre de la paroisse Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, est aussi intéressant. Il s’agit du baptême de Marie Peuvret, fille de Peuvret, sieur du Mesnu, et de Nau. Ce baptême confirme donc l’union matrimoniale de Jean-Baptiste Peuvret et de Marie-Catherine Nau. Le couple revient en Nouvelle-France en 1661 sans leur fille Marie qui est peut-être décédée quelques jours ou quelques mois plus tard.

En conclusion, si l’acte de mariage du 10 juillet 1659 à Québec ne peut être prouvé, celui du 1er février 1660 à Bellême ne fait pas de doute. Voila donc l’importance de la complémentarité des actes notariés et paroissiaux de France et de la Nouvelle-France pour identifier nos ancêtres.

Marcel Fournier, AIG, coordonnateur du Fichier Origine

avec la collaboration de Lise Dandonneau, Marie Gagné et Rénald Lessard

Cet article peut être librement reproduit à compter du 15 avril 2013 avec la mention du Fichier Origine et des auteurs.

Longueuil, le 1er avril 201

Exode vers la France et retour au Canada des officiers des troupes de la Marine au Canada

Exode vers la France et retour au Canada des officiers des troupes de la Marine au Canada

Présentation

En 1760, au lendemain de la Conquête, plusieurs officiers des troupes de la Marine, surtout les plus hauts gradés, n’eurent pas le choix de rentrer en France suite à la défaite des troupes françaises. Les Britanniques, nouveaux maîtres du pays, ne souhaitaient pas que ces officiers demeurent au pays compte tenu de leur participation lors de la guerre de Sept Ans. Une centaine d’officiers canadiens sont donc passés en France entre les années 1759 et 1763. Issus pour la plupart de la noblesse canadienne et ayant complété une brillante carrière militaire, ils croyaient poursuivre celle-ci en France ce qui ne fut pas le cas pour la plupart d’entre eux. Une fois en France, on les trouve principalement en Touraine, à Rochefort et à Paris dans l’attente de nouvelles affectations. Comme le secrétariat à la Marine dédaignait de voir des officiers canadiens servir sur le continent, plusieurs ont dû poursuivre leur carrière dans les colonies des Antilles, de l’Afrique et de l’Inde.

Parmi les 177 officiers des troupes de la Marine rentrés en France à la Conquête, seulement 40 sont revenus au Canada entre les années 1763 et 1766 dont un seul officier français Yves-Jacques Ferrière de Bussé. Ces informations inédites proviennent du Projet de recherche sur les officiers des troupes de la Marine au Canada 1683-1760 (PROTMC) dont les objectifs sont d’identifier tous les officiers et les cadets des troupes de la Marine qui ont servi au Canada entre les années 1683 et 1760. Au 1er avril 2017, 897 officiers et cadets ont été inscrits dans la base de données du PROTMC. Les recherches entreprises en 2015 seront complétées au début de l’année 2017 et feront l’objet d’une publication aux Éditions du Septentrion à l’automne 2017.

Les recherches à partir de la base de données ont permis d’identifier huit capitaines d’origine canadienne rentrés en France entre les années 1759 et 1763 et de retour au Canada entre les années 1763 et 1765 avec l’approbation des autorités britanniques. Ces officiers hauts gradés avaient tous reçu l’Ordre militaire et royal de Saint-Louis au cours de leur carrière. Souvent désabusés de l’attitude des autorités françaises à leur égard, une trentaine d’officiers sont rentrés au Canada au lendemain du traité de Paris mettant ainsi fin à une brillante carrière militaire au sein de l’armée royale française. Certains officiers souhaitaient aussi rejoindre leur famille demeurée au Canada et s’occuper de la gestion de leur seigneurie.

Voici les notices biographiques de cinq capitaines telles qu’elles apparaîtront dans la partie biographique du livre sur les officiers des troupes de la Marine au Canada 1683-1760.

Quelques capitaines d’origine canadienne revenus au Canada

Chartier, marquis de Lotbinière, Michel, est né le 12-04-1723 à Québec (Québec), fils d’Eustache, conseiller au Conseil supérieur de la Nouvelle-France, et de Marie-Françoise Renaud d’Avesne des Méloizes. Cadet au Canada (1742), expectative d’enseigne en second (1742), enseigne en second (1744), en Acadie (1746-1747), enseigne en pied (15-02-1748), lieutenant et ingénieur militaire (01-04-1753), au fort Carillon (1755-1758), capitaine (01-05-1757), aide-de-camp de Vaudreuil (1759), commandant à l’île aux Noix, (1760), à Montréal (08-09-1760), passé en France (1761), retour au Canada (1763), passé en Angleterre (1772), puis la France (1774), officier et espion lors de la guerre d’Indépendance américaine aux États-Unis (1777), passé de nouveau en France (1777), retour aux États-Unis (1787). Chevalier de Saint-Louis (28-03-1779. Il avait épousé Louise-Madeleine Chaussegros de Léry à Québec le 20-11-1747, décédée à Vaudreuil le 1er avril 1809 à Vaudreuil. Le 29-11-1774, il a fait baptisé à Paris un fils illégitime Michel-Alain d’Allainville qu’il a eu avec Marie Smith. Il est décédé le 14-10-1798 à New York (New York).
Hertel de Rouville, Jean-Baptiste-François, est né le 23-12-1708 à Montréal (Québec), fils de Jean-Baptiste, officier dans les troupes de la Marine, et de Marie-Anne Beaudoin. Enseigne en second à l’île Royale (01-05-1723), au Canada (01-04-1727), enseigne en pied (01-04-1733), lieutenant (1745), commandant au fort Sainte-Thérèse (1747-1748), commandant au fort de Chambly (1748-1751), capitaine (01-05-1757), commandant au fort de Chambly (1753-1760), à Montréal (08-09-1760), passé en France (1761), à La Rochelle (1763), retour au Canada (1763). Chevalier de Saint-Louis (14-03-1761). Il avait épousé Marie-Anne Legras à Montréal le 26-08-1733. Il est décédé le 17-03-1777 à Montréal (Québec).

Picoté de Belestre, François-Marie, est né le 17-11-1716 à Lachine (Québec), fils de François-Marie, officier dans les troupes de la Marine, et de Marie-Catherine Trottier Desruisseaux. Cadet au Canada (1735), expectative d’enseigne en second (1741), enseigne en second (27-04-1742), enseigne en pied (15-02-1748), lieutenant (01-04-1751), commandant à Détroit (1758-1760), capitaine (01-01-1759), à Montréal (08-09-1760), passé en France depuis New York (1762), retour au Canada (1763). Il a participé à plusieurs expéditions militaires en Acadie et vers les postes de l’Ouest (1738-1760). Chevalier de Saint-Louis (01-01-1759). Il avait épousé Marie-Anne Nivard de Saint-Dizier à Montréal le 28-07-1738, puis en secondes noces Marie-Anne Magnan à Montréal le 29-01-1753. Conseiller législatif en 1775. Il est décédé le 31-03-1793 à Montréal (Québec).

Tarieu de Lanaudière et de La Pérade, Charles-François, est né le 04-11-1710 à Sainte-Anne-de-La Pérade (Québec), fils de Pierre-Thomas, officier dans les troupes de la Marine, et de Marie-Madeleine Jarret de Verchères. Expectative d’enseigne en second au Canada (23-04-1726), enseigne en second (12-04-1727), enseigne en pied (13-04-1734), à Détroit (1739-1742), lieutenant (1742), aide-major à Québec (1743), à Détroit (1748), capitaine (01-05-1749), au fort Carillon (1758), à Montréal (08-09-1760), passé en France (1760), retour au Canada (1763). Il a participé à des expéditions vers les postes de l’Ouest (1746-1750). Chevalier de Saint-Louis (01-01-1759). Il avait épousé Louise-Geneviève Deschamps de Boishébert à Québec le 06-01-1743, puis en secondes noces Marie-Catherine Le Moyne de Longueuil à Montréal le 12-01-1764. Il est décédé le 01-02-1776 à Québec (Québec).

Une publication attendue

Le projet de recherche sur les officiers des troupes de la Marine au Canada 1683-1760 comblera une lacune importante dans la connaissance des militaires qui ont contribué largement à l’expansion et à la défense des intérêts de la France en Amérique du Nord au XVIIIe siècle.

Le PROTMC est une initiative de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs. Il est dirigé par l’historien et généalogiste Marcel Fournier qui s’est associé aux historiens français Boris Lesueur et Laurent Vessyère, aux historiens canadiens René Chartrand, Louis Lalancette, Rénald Lessard et Denis Racine et aux généalogistes-recherchistes Guy Desjardins, Marie Gagné et Denise Gravel. Le Projet de recherche sur les officiers des troupes de la Marine au Canada est financé par la section québécoise de la CFQLMC, le Ministère des Relations internationales et de la francophonie, le Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal et l’Institut généalogique Drouin.

Le projet de recherche devrait être complété au printemps 2017. Les textes historiques et les notices biographiques de quelque 900 officiers seront publiés aux Éditions du Septentrion, l’éditeur en histoire au Québec.

Marcel Fournier
Directeur du PROTMC
Le 5 avril 2017

Source de l’illustration : Histoire des Canadiens-français, 1608-1880… /
par Benjamin Sulte… Montréal : Wilson & cie, éditeurs, 1882-1884 vol. 6,
quatorzième ill. précédant la page de titre MIC/B524\24447 GEN